Publié : 15 avril 2014
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REPRESENTATION DU CID AUX DEUX RIVES

La version tonique et déjantée d’un Cid revisité avec humour et talent !
El Cid !
d’après Pierre Corneille, au théâtre des deux rives, CDR de Haute-Normandie

Pierre Corneille
adaptation et écriture : Philippe Car et Yves Fravega
mise en scène : Philippe Car
Rodrigue et Chimène s’aiment. Le père de Chimène, jaloux d’une faveur faite par le Roi au père de Rodrigue, offense ce dernier, qui, trop vieux pour se venger luimême, remet sa vengeance entre les mains de son fils. Rodrigue, déchiré entre son amour et son devoir, finit par écouter la voix du sang et tue le père de Chimène. Que de rudes dilemmes pour de jeunes amoureux !

Écrite comme un thriller, cette pièce tragi-comique a recours aux deux registres, aux deux émotions antagonistes qui se heurtent et se confondent. Il y a du suspense, du sang, de la sueur et de l’amour. Dans El Cid !, il y a du Shakespeare, du Hitchcock, du Tarantino... Mais il y a aussi du Corneille, qui soumet Rodrigue et Chimène à de véritables tortures psychologiques ! La musique, avec ses chansons hispanisantes, donne au spectacle une atmosphère chaleureuse qui permet des respirations dans le déroulé du drame. Les interventions enlevées d’Alonzo créent aussi des moments de pause et d’intimité. Pour nourrir cette création, le metteur en scène Philippe Car dont nous avions accueilli une étonnante adaptation du Bourgeois Gentilhomme la saison dernière, a travaillé en Espagne et au Maroc, sur les lieux de l’action du Cid. À chacune de ses étapes, la compagnie a reconstitué un laboratoire de création théâtrale nomade, librement ouvert. Ce sont des moments magiques propices aux rencontres qui sont venus étayer le travail artistique. Une création en itinérance pour un Cid intemporel qui émoustille l’imaginaire !

avec Valérie Bournet, Philippe Car, Nicolas Delorme , Marie Favereau, Vincent Trouble

composition musicale Vincent Trouble
scénographie et création lumières Julo Etièvant
costumes et accessoires Christian Burle
décors et accessoires Jean-Luc Tourné
assistant à la mise en scène Laurence Bournet

« Toute la force et la singularité de la mise en scène de Philippe Car reposent sur sa savante et fine façon d’exciter tout à la fois les neurones et les zygomatiques du spectateur. »
L’Humanité

" DON ROGRIGUE :
Il faut venger un père, et perdre une maîtresse. L’un m’anime le coeur, l’autre retient mon bras. Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
Ou de vivre en infâme, Des deux côtés mon mal est infini."

Les élèves de 1S2 et de 1STL ont assisté à cette représentation le mardi 18 Mars 2014. Voici l’une des critiques de la mise en scène :

Loin d’être une représentation totalement tragique de la pièce de Corneille, El Cid ! mis en scène par Phillipe Car, nous entraîne, comme si nous quittions pour un moment le Théâtre des Deux-Rives de Rouen, dans le royaume imaginaire de Costille, où les amours contrariées de Chimène et Rodrigue nous sont contées, comme une comédie espagnole, et ce au rythme des compositions musicales de Vincent Trouble, ainsi que des scènes écrites par le metteur en scène, afin de nous narrer cette aventure.

Le spectacle commence, les cinq comédiens et chanteurs entament la représentation avec une scène de leur cru, « J’ai dit : Moi si quelqu’un fait du mal à mon père, je le tue », nous déclare un personnage dénommé Alonzo, et interprété par les cinq acteurs. Un débat se poursuit entre les Alonzo, faisant passer « le petit nouveau » pour un personnage un peu enfantin, mais qui permet de rendre palpables les interrogations du spectateur sur la pièce d’origine. Le spectacle se déroule à l’image d’un feuilleton télévisé, ayant pour trame de fond le texte de Pierre Corneille comme écrit en 1637, coupé de scènes sorties tout droit de l’imagination du metteur en scène, permettant ainsi une certaine proximité, ou intimité avec le public. D’ailleurs, cette volonté d’instaurer un lien avec le public est préservée tout le long de la représentation, même jusqu’à la fin, au moment où les acteurs nous convient à prendre un verre bien épicé pendant qu’ils viennent nous rencontrer et jouer de la musique pour nous, dans le hall du théâtre.
Sur la scène à l’italienne, l’espace dans lequel évoluent les personnages est sommairement décoré, seuls quelques objets meublent l’espace scénique. Une auto-tamponneuse jaune, fidèle taxi de notre cher Alonzo, à l’intérieur duquel les personnages de Rodrigue et de son père se confient. C’est dans ce même taxi que l’intrigue se noue : le père de Rodrigue, Don Diego reçoit le soufflet de Don Gomez, père de Chimène. Ces moments, ne permettant traditionnellement pas le rire, sont cependant rendus comiques. Par exemple, pendant que Don Diego fait une introspection, une des deux actrices, à l’aide d’un vaporisateur, fait tomber la pluie sur le taxi et ses occupants. C’est aussi avec le taxi d’Alonzo qu’est manifesté l’écoulement du temps, ainsi que la résolution de l’intrigue. Les deux amoureux, avec l’accord du roi partent suite à leur mariage avec la caravane de Chimène accrochée derrière le taxi. La caravane de cette dernière est en métal, minuscule, et représente ses appartements, le véhicule contient les différents costumes, et permet aux comédiens de se changer à l’intérieur, peut-être est-ce aussi une volonté de Philippe Car de tourner la noblesse en dérision. Ce doute est accentué lorsque le château du roi est dévoilé. C’est en fait un petit château de poupée dépliable, contenant le clavier d’un des musiciens.
La musique, qui fait partie intégrante de la représentation est jouée en direct par les comédiens, présentant les compositions de Vincent Trouble, ainsi que des reprises de chants populaires, tantôt hispanisants et tantôt « techno » où Chimène livre son amour à Rodrigue, ou bien, lorsque ce dernier raconte sa bataille contre les Maures au roi Fortunando Primero.

Si nous devions comparer l’œuvre de Pierre Corneille et l’adaptation à caractère parodique de Philippe Car, nous pourrions voir la disparition de l’intrigue concernant l’amour de l’Infante pour Rodrigue, le metteur en scène a sûrement décidé d’occulter cette partie de la pièce de Corneille, ne la jugeant pas primordiale pour la compréhension de l’œuvre. En effet, il n’est pas rare qu’un metteur en scène décide d’oublier l’intrigue secondaire écrite par Corneille. Cependant, Philippe Car ne fait pas déclamer la réplique culte de Chimène à l’intention de Rodrigue, il nous manque le « Va, je ne te hais point ».
Mais, l’invention du personnage d’Alonzo est judicieuse, le metteur en scène intègre une narration à la pièce, mais aussi, il aide les spectateurs à se poser les bonnes questions, et à mieux suivre le déroulement de l’action par le biais de son personnage. Les Alonzo discutent des motifs valables d’une vengeance, font des rappels temporels tout au long de la représentation, et enfin, font la transition entre les différentes scènes, en effectuant des « rétrospections » des actions antécédentes, de même qu’en faisant entrer les personnages sur scène.

En conclusion, Philippe Car, et sa troupe réussissent à créer un personnage du Cid intemporel, mais toujours d’actualité, à l’ambition largement comique, mais avec une pointe de tragique et un soupçon de sérieux et de bon sens, permettant aux petits, et aux plus grands aussi, de réfléchir sur le bien fondé de venger quelqu’un soi-même. Ce fut un bon moment convivial quand lorsque à la fin de la représentation, les comédiens se sont mêlés à nous, public, afin de déguster une boisson fruitée et épicée dans la musique et la bonne humeur, partageant, leurs derniers instants avec leur public d’un soir.

Manon Grimoin, 1S2