Par : Webmestre
Publié : 26 mars
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Les 1MEI et les TARCU font leurs « devoirs » de Mémoire

Mardi 26 février, devant le lycée. Les 1MEI et les TARCU se préparent à quitter la France, direction la Pologne, sur le chemin d’une mémoire dévastée.

L’arrivée à Cracovie s’est faite sous le soleil. Une petite escale pour déposer les valises à l’hôtel, et une petite découverte à pied de la place carrée médiévale et de la halle aux draps nous attend.

Mercredi 27 février. Une visite matinale du quartier de Kazimierz nous permet de découvrir l’ancien quartier juif de la ville. Environ 7OOOO personnes y vivaient avant la guerre, dont Helena Rubinstein et Roman Polanski. Le quartier général allemand, dès 1939, décida de détruire toute trace de la communauté.

C’est à la recherche de ces fantômes que nous partons.

Cracovie, images sans paroles (mais réponse à un questionnaire)Nos pas nous entrainent à la synagogue Remu’h, qui devint un entrepôt de sacs mortuaires, le cimetière fut profané et les stèles servirent à paver les routes. Nous nous promenons à travers le quartier, admirant de-ci, delà, des maisons préservées et arrivons dans la rue Josefa, où Steven Spielberg tourna la scène de la liquidation du ghetto dans « La liste de Schindler ». Nous reconnaissons les lieux du tournage, nous prenons conscience que nous sommes dans l’Histoire.

Nous retournons vers le musée Galicia et nous y rencontrons Madame Monika Goldwasser. Elle nous a raconté son histoire. C’est tout simplement terrible.

C’est une enfant cachée. Peu après sa naissance, elle fut confiée par ses parents à un orphelinat tenu par des sœurs Ursulines. Ces derniers furent raflés peu de temps après et fusillés sur la place publique. Elle fut recueillie par un couple de personnes âgées qui dut déménager trois fois durant la guerre pour la protéger. Madame Goldwasser ne connaitra le secret de sa naissance qu’à 11 ans. Devenue adulte, elle entreprit des recherches qui lui permirent de retrouver la seule survivante de sa famille, une tante. Elle ne verra le visage de sa mère biologique qu’après ses cinquante ans, dans les archives de l’université de Cracovie. Ses parents adoptifs furent élevés après la guerre au rang de Justes parmi les nations pour avoir sauvée cette enfant au risque de leur vie.

Nous la quittons, la gorge nouée. Difficile de trouver les mots.

Nous continuons notre chemin et traversons la Vistule en direction du sud, vers l’ancien ghetto de Podgorze. Nous empruntons le même pont que celui que franchirent les Juifs expropriés, dans un quartier ceinturé de murs ressemblants à des pierres tombales. La place centrale du ghetto est aujourd’hui couverte de 65 chaises vides, symbole de l’absence des 65000 Juifs du ghetto.

A l’angle de la place, nous visitons la pharmacie « Sous l’aigle » de Tadeusz Pankiewicz, seule pharmacie du ghetto pendant la seconde guerre mondiale. Il aida de très nombreuses personnes en leur fournissant des médicaments, des onguents, des colorants pour cheveux et pour les joues (afin de donner l’illusion de la jeunesse).

Les rues du ghetto n’ont pratiquement pas changé aujourd’hui, et, à l’ombre du château de Wawel, à deux pas de l’ancien quartier historique juif, sur l’autre rive de la Vistule, cette petite officine transformée en musée rappelle au visiteur qu’un polonais ordinaire a volontairement choisi de s’enfermer afin d’apporter aide, réconfort et espoir à des hommes et femmes emportés dans une tourmente fatale.

Nous comprenons vraiment ce qu’est un Juste.

Jeudi 28 février. Nous laissons Cracovie pour Oświęcim. Une guide polonaise nous attend et Agniezka, notre traductrice est déjà avec nous.

Une porte tristement célèbre se dresse face à nous. Reconnaissable au premier regard.

Notre guide nous amène au sommet du mirador central. Et nous découvrons le camp… C’est immense. 170 hectares de baraquements, de barbelés, de miradors à perte de vue. Des rails qui s’enfoncent loin et qui mènent aux confins du camp. Les trains s’arrêtaient sur la rampe de sélection, là où hommes et femmes étaient séparés avant d’être « triés ». Des 1,1 millions de Juifs qui arrivèrent de toute l’Europe, 900 000 furent directement conduits aux chambres à gaz… Les prisonniers politiques, les hommes et femmes en relativement bonne condition physique étaient dirigés vers un bâtiment où entraient des humains et où en ressortaient des numéros. Tous leurs effets personnels étaient récupérés, triés, lavés, stockés.

Nous quittons Birkenau pour Auschwitz I. Il s’agit d’une ancienne caserne polonaise réquisitionnée par les nazis. Le site est entouré de barbelés. Dès le portail franchi, nous voyons un mur devant lequel un orchestre jouait matin et soir. Des baraquements sont alignés, et nous en visitons quelques-uns. La vie quotidienne du camp est exposée, des documents, des photos, des cartes. Dans l’un, deux tonnes de cheveux, on y voit encore des nœuds au bout des tresses…
Dans un autre, des montagnes de chaussures, chacune ayant été portée par une personne… Des casseroles, des brosses à cheveux, du cirage… Autant de témoignages d’une vie volée… Le silence est profond. Nous arrivons à l’infirmerie. Quel cynisme quand on sait qu’aucun malade n’y était soigné. Un autre block : une prison, de salles de tortures, un mur d’exécution. Plus nous avançons, et plus c’est horrible.

Entre les baraquements, une petite guérite est au centre d’une place. L’appel y était fait tous les jours. Il pouvait durer 19 heures, il fallait rester debout, et répondre à l’énoncé de son numéro. Les absents étaient morts. Nous nous dirigeons vers la sortie où nous attend l’horreur à l’état pur. De loin une cheminée troue le ciel. La chambre à gaz et le four crématoire sont en l’état… Aucun mot ne peut décrire l’indescriptible.

L’indicible est dans ce vide, où ne subsistent que des ruines et la mémoire.

Vendredi 1er mars. Nous sommes dans un registre plus léger. Nous allons visiter la mine de sel de Wieliczka. De superbes chambres taillées dans le sel, des lacs souterrains extraordinaires, de majestueuses charpentes et des sculptures uniques en leur genre nous attendent. Près de 3 kilomètres de galeries sinueuses, 800 marches, une descente à 135 mètres sous terre et nous sommes plongés dans un monde inconnu. Nous y découvrons le travail des mineurs, leur vie et leurs créations, la magie des légendes et surtout une cathédrale majestueuse qui nous laisse sans voix.

L’après-midi, nous visitons la vieille ville et le château royal de Wawel, celui que les Allemands transformèrent en quartier général pendant la guerre. Nous entrons dans la cathédrale et montons dans la tour du clocher, en nous contorsionnant sous des poutres énormes. Là, nous touchons du doigt la grosse cloche et du coup, nous sommes sûrs de revenir à Cracovie.

Notre périple se termine, nous devons reprendre l’avion pour rentrer. Mais nous n’oublierons jamais les paroles de Georges Santanaya :

« Ceux qui ne peuvent se souvenir de leur passé sont condamnés à le répéter »

Ali, Nathan, Sarah, Manon, Lucie, Amélia, Lauryn, Jackie, Mélyna, Maëva, Andréa, Stelly, Maëlla, Flavie, Awa et Lucie (TARCU)

Fabio, Riza, Thomas, Valentin, Sullivan, Julien, Fatoumata, Baptiste, Kevin, Justin, Ryan, Vlad et Romain (1MEI)

Isabelle Bigot, Marielle Cuff, Valérie Goblot, Delphine Lecourt et Matthieu Petit